Les retours des lecteurs

Autant appréciés que redoutés

S’il y a bien une étape angoissante dans la vie d’un auteur, c’est celle des retours des lecteurs.

Après avoir travaillé pendant des mois, voire des années, sur un manuscrit, il est enfin entre les mains des lecteurs et tout auteur, qu’il soit confirmé ou non, attend fébrilement les premiers retours.

Lorsqu’on est jeune auteur (pas dans l’âge, mais plutôt dans l’expérience) on a tendance à aller sur les réseaux sociaux, sur les plateformes communautaires, sur les sites de vente, pour fouiller et lire ces avis. Chaque nouvelle notification sur Instagram, Tiktok ou autre fait battre un peu plus notre cœur : est-ce que c’est une nouvelle chronique ? Est-ce que notre bébé a été apprécié ? Parce que c’est de ça qu’il s’agit : notre bébé. Peu importe le nombre de romans que l’on a écrit, peu importe le nombre d’années d’expérience derrière nous, chaque sortie c’est un peu comme recommencer à zéro et répondre éternellement à la même question : Allons-nous réussir à convaincre ?

Mais comment accueillir ces avis ? D’autant plus quand ils sont négatifs ? Parce que, que les choses soient claires : recevoir des avis positifs n’a rien de compliqué. Ils font du bien au moral, boostent pour les projets en cours et nous apportent une certaine légitimité (je parlerai dans un article d’un syndrome bien connu chez les auteurs : le syndrome de l’imposteur). Mais, qu’en est-il des critiques plus mitigées, voire complètement négatives ? Comment prendre le recul nécessaire pour accepter cette critique ? Comment ne pas le prendre personnellement ?

Eh bien, c’est très compliqué ! Il m’arrive fréquemment de prévenir les auteurs qui sont publiés pour la première fois de ne pas reproduire les mêmes erreurs et de ne pas chercher à savoir. Parce que oui, les chroniques positives ont beau faire du bien, les négatives peuvent plomber le moral sans commune mesure. Mais, parce qu’on est tous humains, et que les auteurs sont peut-être bien un peu torturés, personne n’écoute et tous les jeunes auteurs se ruent sur les avis dès qu’ils sortent… jusqu’à la douche froide. La première, on l’accueille avec le sourire : parce que, eh, un livre ne peut pas plaire à tout le monde ! Souvent, la seconde, la troisième aussi… et puis, ça devient plus compliqué. Et, au bout du compte, même si les chroniques positives sont plus nombreuses que les chroniques négatives, on finit par ne voir plus que ces dernières. Plus que ce qui ne va pas. Et, si on n’est pas bien entouré, on peut tout remettre en question.

Avec le temps, avec l’expérience, on finit par ne plus regarder, par ne plus chercher à savoir. Mais, les réseaux sociaux étant ce qu’ils sont, même quand on ne veut pas, on n’est pas à l’abri. Vous vous souvenez de ces notifications dont je parlais tout à l’heure ? Elles, elles ne disparaissent pas, elles sont toujours là, à faire battre notre coeur et transpirer à chaque nouvelle sortie. Alors je vous rassure, bien souvent, lorsqu’elles sont synonymes de nouvel avis, il s’agit de chroniques positives et bienveillantes. Malheureusement, ce n’est pas toujours le cas et combien d’auteurs lisent les premiers mots en retenant leur respiration ? Combien d’auteurs ont cliqué, le matin, au réveil, sur la notification pour se prendre de la négativité, seuls, devant leur écran ? Combien d’auteurs ont eu envie de se recoucher, de supprimer le manuscrit en cours, de tout arrêter, parce que pour que quelqu’un en vienne à le taguer dans sa chronique négative c’est qu’il a vraiment détesté ? Beaucoup trop, à mon avis.

On en arrive au débat du : faut-il taguer ou non un auteur sur les chroniques négatives ? J’ai déjà fait une publication sur les réseaux sociaux à ce sujet l’an dernier, mais je ne pouvais pas ne pas en parler ici. La première chose qui me vient en tête lorsque l’on aborde ce sujet, c’est une question : à quoi est-ce que ça sert de taguer un auteur sur une chronique négative ? Parce que, si le taguer sur une chronique positive sert à le couvrir d’amour et de bienveillance, quel est le but lors d’une chronique négative ? L’argument principal avancé est : pour qu’il prenne conscience de ce qui ne va pas et qu’il s’améliore. D’accord… mais… peut-il changer quoi que ce soit dans le roman déjà publié ? Et si on va plus loin, la majorité du temps, les points qui ont déplu à certains lecteurs sont encensés par d’autres, du coup… que doit-il faire ? Et, quelle légitimité ont ces lecteurs pour que leur avis soit une source d’amélioration ? Quand un roman sort, il a été lu, relu, corrigé, dans 90% des cas par des professionnels du milieu, est-ce que l’avis d’un lecteur doit être plus important que celui des professionnels ? Et enfin, à qui sont destinées les chroniques ? Pour qui est-ce que ça a de l’importance ? La seule réponse valable à cette question c’est : les autres lecteurs. Une chronique, qu’elle soit positive ou négative, sert avant tout à guider les autres lecteurs quant à leur choix. Et je vous rassure, si un auteur veut savoir ce que les lecteurs ont pensé de ses romans, il sait où chercher. Alors, le taguer dans une chronique positive pour l’encourager, pour lui mettre du baume au coeur, pour lui crier votre amour, bien sûr que c’est important, mais le taguer lorsque la chronique et négative, quel est l’intérêt ? Est-ce que vous apprécieriez que quelqu’un aille sur les réseaux sociaux en vous mentionnant pour remettre en question votre travail aux yeux de tout le monde ? Est-ce que vous savez dans quel état d’esprit est l’auteur lorsque la notification apparaît sur son téléphone ? Est-ce qu’il est capable d’accueillir à ce moment-là votre avis ? Est-ce qu’il est suffisamment bien entouré pour prendre le recul nécessaire ? Les auteurs sont des êtres humains comme tous les autres et, bien que tout le monde soit d’accord pour dire qu’un roman ne peut pas plaire à tout le monde et qu’il est important que tout le monde puisse donner son avis, qu’il soit positif ou négatif, il faut aussi prendre en compte que derrière chaque livre il y a un être humain qui a des sentiments, peut-être des problèmes personnels et/ou de santé, et qui n’est pas, à l’instant T, capable de recevoir une chronique négative.

Que faire alors ? Mon conseil aux jeunes auteurs ne changera jamais : ne cherchez pas à savoir ! Les chroniques viendront à vous de toute façon. Ce n’est pas utile, chaque matin, de vous ruer sur les sites de vente, sur les plateformes communautaires pour éplucher toutes les chroniques, cela vous fera plus de mal que de bien. Pour les lecteurs : continuez à dispenser de la joie et du bonheur en mentionnant les auteurs dans vos chroniques positives, mais, s’il vous plait, mettez-vous deux secondes à leur place et évitez de les mentionner dans les chroniques négatives. Ne vous empêchez surtout pas d’en écrire, c’est votre droit le plus sincère et c’est important pour les autres lecteurs, mais ce n’est pas la peine de lancer ça au visage de l’auteur. De même, si un auteur n’a pas été mentionné dans une chronique négative que vous venez de lire, n’allez pas le mentionner dans les commentaires (oui oui, j’ai déjà vu ça), si l’auteur de la chronique ne l’a pas mentionné, c’est pour une bonne raison. Et surtout, on n’oublie pas qu’un livre reste un livre, on peut ne pas l’avoir aimé, ou même détesté, on évite de s’acharner dessus sur les réseaux sociaux. Parce que oui, ça arrive parfois qu’il y ait des dérapages complètement fous (et je ne parle pas ici des autrices problématiques, mais bien de l’acharnement contre un livre qu’on n’a simplement pas aimé) et les auteurs finissent toujours pas être au courant et je vous assure que pour certains c’est extrêmement difficile à vivre.

Et vous, vous en pensez quoi ?

C’est à vous !