ÉDITION : COMMENT ÉVITER LES PIÈGES ?

Je vois régulièrement fleurir sur les réseaux sociaux des questions concernant certaines maisons d’édition bien souvent à compte d’auteurs ou à compte participatif.

Mais, qu’est-ce que sont ces petites bêtes-là ?

1- Les ME (maison d’édition) à compte d’auteurs sont à considérer comme des prestataires. Leurs clients sont les auteurs, pas les lecteurs. Ils acceptent tous les manuscrits (bons ou mauvais) qu’ils reçoivent et font payer leurs prestations (corrections éditoriales, corrections orthotypographiques, illustration, maquette…). Ils vendent des packs avec certains « services » compris, d’autres viennent en supplément. Ce que j’ai pu constater, c’est qu’au-delà de facturer très cher leurs prestations, la qualité est en plus vraiment médiocre (à tous les niveaux). De plus, lorsque le livre est publié, aucune communication n’est faite. Ces éditeurs se moquent que les livres soient vendus, ils n’ont pris aucun risque, c’est l’auteur qui a payé et qui potentiellement ne rentrera jamais de ces frais.

2- Les ME à compte participatif fonctionnent un peu différemment, mais le principe de base reste le même : ne pas financer elles-mêmes les romans. Elles acceptent quasiment tous les manuscrits et fonctionnent suivant deux modèles :

  • Les préventes qui servent à financer la production du livre. À moins d’être déjà connu, les seules personnes qui participent sont les amis, familles, connaissances, collègues, qui veulent donner une chance à l’auteur. Si les préventes n’atteignent pas un certain montant (ou % en fonction des ME), il est proposé à l’auteur de payer lui-même (donc contrat à compte d’auteur), ou de revoir les prestations à la baisse, ou un tirage moins important. Si aucun accord n’est trouvé, l’éditeur retire sa proposition et le roman ne voit pas le jour (pas de remboursement des préventes). Si les préventes sont un succès, un contrat à compte d’éditeur est signé. Effectivement, l’auteur n’a rien à payer, mais au final, la ME non plus, puisque la production du livre est financée par les préventes. Il faut noter un détail important : les sommes collectées durant les préventes ne génèrent pas de droits d’auteur. L’auteur a donc vendu des livres pour lesquels il ne touchera jamais un centime. Un primo auteur, même édité dans une grosse ME, dépasse rarement 300 exemplaires de vente. Quelles sont les chances pour qu’un primo auteur dans une ME de ce type vende beaucoup plus que ce qui s’est déjà écoulé durant les préventes ?
  • L’achat d’exemplaires par l’auteur : certaines ME à compte participatif impose à l’auteur l’achat de 30 à 60 exemplaires. Donc, comme dans les ME à compte d’auteur, c’est à lui d’assumer la charge de la production du livre. Certes, en général ce type de ME ne facture pas les prestations qui viennent en amont, mais elles sont de toute façon quasi inexistantes (pas de corrections éditoriales, des corrections orthotypographiques qui laissent à désirer, bien souvent une couverture en IA ou financée par l’auteur).

Comme dans les ME à compte d’auteurs, les prestations de celles à compte participatif ne sont pas des plus professionnelles et elles ne sont pas des reines de la communication. Elles ont bien trop de titres au catalogue pour communiquer correctement sur chacun d’entre eux et, de toute façon, elles n’ont pris aucun risque financier donc ne se sentent pas concernées.

Mais alors, quel choix reste-t-il ?

3- Les ME à compte d’éditeurs. Petites, moyennes, grosses, il y en a pour tous les goûts. Attention cependant ! Ce n’est pas parce qu’elles investissent des sous dans l’édition d’un livre qu’il ne faut pas se méfier. Il faut toujours se renseigner : ligne éditoriale, travail sur le fond, sur la forme, communication, salons, relation avec les auteurs, présence en librairie, droits d’auteur, à-valoir… vous devez commencer par réfléchir à ce que vous voulez, les points sur lesquels vous êtes intransigeant et ceux sur lesquels vous pouvez passer. Renseignez-vous sur le site de la SGDL, sur celui de la ligue des auteurs professionnels, sur les contrats d’édition, sur les clauses obligatoires, sur les clauses abusives, sur les obligations des éditeurs en matière de droit d’auteurs, d’à-valoir (par exemple, un éditeur qui n’imprime qu’en POD et sans tirage initial a l’obligation de verser un à-valoir). Bref, ne signez pas n’importe quoi parce que vous voulez être édités.

4- L’autoédition. C’est un choix que de plus en plus d’auteurs font. Certains parce que c’est vraiment ce qu’ils souhaitent, d’autres parce que les refus pleuvent et qu’ils veulent absolument partager leurs écrits. Il faut bien prendre en compte que l’autoédition de qualité à un coût non négligeable. Vous devrez payer tout ce qu’un éditeur à compte d’éditeur aurait pris en charge : corrections éditoriales (bêta-lecture), corrections orthotypographiques, illustration, maquette, salons… L’autoédition prend également énormément de temps en communication. Pour vous faire connaître, vous serez seul, sans le soutien d’une ME. Mais vous serez aussi beaucoup plus libre : votre livre, vos choix et, hormis ce que le distributeur gardera pour lui, la totalité de la somme restante sur chaque roman sera pour vous. Il est rare qu’un auteur autoédité rentre dans ses frais sur un premier roman, mais s’il fait appel aux bons prestataires, s’il parvient à produire un roman de qualité et qui accroche, qu’il fait ses preuves, il saura se construire un lectorat qui le suivra sur les suivants et qui le recommandera.

Tout ceci est très compliqué, j’en ai conscience. Depuis plus de 12 ans que j’ai mis les pieds dans le milieu formidable de l’édition, j’ai vu des ME se monter puis fermer. J’ai vu des auteurs pleins de confiance regretter leurs choix et arrêter d’écrire, dégoutés du système. Mais j’ai également vu des ME se lancer, grandir et accomplir un travail remarquable. Des primo auteurs découvrir ce monde des étoiles plein les yeux et recevoir un accueil de folie de la part des lecteurs.

Ce qu’il faut en retirer : LA VIGILANCE. Ayez conscience de tous les enjeux, de tous les travers, posez-vous les bonnes questions et prenez des décisions après avoir pesé les pour et les contre.

Liens utiles :

La SGDL : https://www.sgdl.org/

La ligue des auteurs pro : https://ligue.auteurs.pro/

La charte des auteurs et illustrateurs : https://www.la-charte.fr/

Le SNE : https://www.sne.fr/

C’est à vous !